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La parasha Ki Tetsé — Deutéronome 21.10 à 25.19 — rassemble un grand nombre de commandements concernant la vie familiale, sociale et communautaire. Elle commence par les règles concernant la femme captive prise lors d’une guerre et la protection qui doit lui être accordée. La Torah rappelle ensuite les droits du fils premier-né, même lorsque celui-ci est le fils d’une épouse moins aimée. Elle traite aussi du fils rebelle et de la responsabilité des parents et de la communauté face à une conduite destructrice. Le corps d’un condamné ne doit pas rester suspendu toute la nuit, car l’être humain conserve une dignité devant Dieu. Israël reçoit l’ordre de rendre à son propriétaire un animal ou un objet perdu plutôt que de détourner le regard. Il faut également aider son prochain lorsqu’un animal s’effondre sous sa charge. Plusieurs prescriptions rappellent qu’Israël doit respecter l’ordre voulu par Dieu jusque dans les réalités ordinaires de la vie.
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L'Eternel aime sa création
Une des lois les plus connues concerne le nid d’oiseau : la mère doit être renvoyée avant de prendre les petits ou les œufs. Ce commandement associe l’obéissance à une promesse de bénédiction et de prolongation des jours. De même lorsqu’une maison est construite, un parapet doit être placé autour du toit afin d’éviter qu’une personne ne tombe. La Torah enseigne ainsi que nous sommes responsables de prévenir un danger lorsqu’il peut être raisonnablement évité. Ki Tetsé décrit le mariage céleste, aborde aussi la fidélité conjugale, le divorce et plusieurs situations familiales complexes. De nombreuses règles cherchent à protéger les personnes vulnérables contre l’humiliation, l’abus et l’injustice. Certaines personnes ou certains peuples font l’objet de prescriptions particulières concernant leur intégration dans l’assemblée d’Israël. Le camp d’Israël doit rester pur, car l’Éternel marche au milieu de son peuple. L’esclave qui s’est enfui chez Israël ne doit pas être livré brutalement à son maître, mais doit pouvoir trouver refuge. La prostitution cultuelle est interdite, soulignant la séparation entre le culte de l’Éternel et les pratiques idolâtres des nations. La Torah réglemente également les prêts, les intérêts, les vœux, le travail des ouvriers et le paiement de leur salaire. Le pauvre ne doit pas être privé de ce qui lui est indispensable, même lorsqu’il a donné un objet en garantie. La veuve, l’orphelin et l’étranger doivent bénéficier d’une attention particulière, car Dieu exige une justice qui protège les faibles.
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Au moment des récoltes, une partie des produits doit être laissée afin que l’étranger, l’orphelin et la veuve puissent se nourrir. La parasha présente aussi la loi du lévirat, destinée à préserver la mémoire et la descendance d’un homme mort sans enfant. Elle condamne les poids et mesures falsifiés, rappelant que Dieu demande une honnêteté totale dans les relations économiques. Enfin, Ki Tetsé se termine par l’ordre de se souvenir d’Amalek, symbole d’une attaque lâche contre les faibles, et appelle Israël à combattre durablement l’injustice et le mal.
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Le petit coin des hébraïsants
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« tu laisseras libre, tu laisseras partir la mère »
Le texte hébreu révèle en effet une nuance que plusieurs traductions françaises effacent.
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Le petit coin des hébraïsants
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Particularité choisie : l'infinitif absolu emphatique de Deutéronome 22:7
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שַׁלֵּחַ תְּשַׁלַּח אֶת־הָאֵם (shaleach teshallach et-ha'em) : « tu laisseras libre, tu laisseras partir la mère »
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Deux formes de la même racine שלח (shin-lamed-chet, envoyer/libérer) côte à côte :
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- שַׁלֵּחַ (shaleach) : infinitif absolu, Qal
- תְּשַׁלַּח (teshallach) : imparfait Qal, 2e personne masculin singulier
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C'est la construction dite « infinitif absolu + verbe fini de même racine ». L'infinitif absolu n'exprime pas l'action en elle-même, il sert de renforçateur : il martèle l'idée du verbe qui suit. Selon le contexte il intensifie l'action, sa certitude ou sa continuité.
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Lecture littérale et sens
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Littéralement : « libérer, tu libéreras ». En français courant : « tu laisseras aller librement, sans faute ». La Torah martèle ici que la libération de l'oiseau ne doit être ni partielle, ni retenue, ni conditionnelle. La répétition élimine toute échappatoire.
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Pourquoi c'est remarquable
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- C'est une signature de la prose législative et narrative hébraïque (Genèse 2:16 מוֹת תָּמוּת « mourir, tu mourras » ; Exode 20:8 זָכוֹר אֶת־יוֹם « souvenir, le jour »).
- L'infinitif absolu s'écrit ici avec un pata'h sous la première consonne (שַׁלֵּחַ), qui le distingue nettement du verbe fini. C'est un repère de lecture pour l'étudiant.
- La même racine שלח revient dans le verset suivant (Deut 22:8) et structure le lien entre deux lois : on libère la vie (l'oiseau), et l'on protège la vie (la balustrade). La parasha enchaîne sur ce thème.
À remarquer pour les hébraïsants
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- Ne pas confondre : l'infinitif absolu n'est jamais conjugué et ne change pas de forme selon le sujet.
- On le reconnaît souvent à la répétition : deux mots presque jumeaux dont le premier est « lourd » (syllabe ouverte longue).
Une lecture prophétique possible
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Il faut distinguer ce que dit grammaticalement le texte de l’interprétation typologique ou prophétique que l’on peut ensuite proposer.
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Le contexte est remarquable : quelqu’un rencontre un nid, avec la mère sur les petits ou sur les œufs. Israël reçoit l’ordre de ne pas prendre simultanément la mère et sa descendance. Il faut laisser partir la mère et l’on peut prendre les petits.
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On pourrait y voir un principe biblique : Dieu interdit que l’on détruise simultanément la source de la vie et ce qu’elle produit. L’homme peut recevoir le fruit, mais il doit préserver la possibilité que la vie continue.
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L’infinitif absolu emphatique renforce alors ce principe :
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שַׁלֵּחַ תְּשַׁלַּח — « laisser partir, tu laisseras partir ! »
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Le verbe שׁלח — SH-L-Ḥ est d’autant plus intéressant qu’il possède un champ sémantique très riche : envoyer, renvoyer, laisser partir, libérer. C’est le même verbe fondamental que l’on retrouve dans la formule adressée à Pharaon :
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שַׁלַּח אֶת־עַמִּי — shallaḥ ʾet-ʿammi « Laisse partir mon peuple ! » (Exode 5.1 et contexte).
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Il existe donc potentiellement une résonance entre libération et bénédiction : tu ne posséderas pas tout, tu laisseras partir ce qui doit rester libre, et cette renonciation devient paradoxalement source de vie pour toi.
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Et la dimension messianique ?
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Une lecture messianique peut aller plus loin, mais je la présenterais comme midrash/typologie, et non comme le sens grammatical obligatoire du verset.
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La mère peut représenter la source qui donne la vie, tandis que les petits représentent ce qui naît et se développe à partir d’elle. Le commandement enseignerait alors que Dieu préserve toujours une continuité : la vie ne doit pas être anéantie à sa source.
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Cela devient particulièrement intéressant avec la conséquence :
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לְמַעַן יִיטַב לָךְ וְהַאֲרַכְתָּ יָמִים lemaʿan yitav lakh vehaʾarakhta yamim « afin que cela aille bien pour toi et que tu prolonges tes jours. »
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libérer → préserver la source → recevoir → prolongation de la vie.
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Il y a là un paradoxe spirituel très fort : celui qui refuse de tout saisir reçoit précisément une promesse de durée. Renoncer à posséder la totalité devient un principe de conservation de la vie.
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Et cela rejoint un motif messianique majeur : la vie véritable apparaît lorsque l’on renonce à saisir et à retenir. On pourrait rapprocher prudemment cette idée de la parole de Yeshoua : « celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra… la trouvera » (cf. Matthieu 16.25).
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Un autre détail mérite d’être étudié : שַׁלֵּחַ תְּשַׁלַּח n’est pas une construction isolée dans la Torah. Comparer les différents infinitifs absolus emphatiques — par exemple מוֹת תָּמוּת, « mourir, tu mourras certainement » — permettrait de montrer que cette forme grammaticale sert à souligner des déclarations auxquelles le texte donne un poids exceptionnel.
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On doit distinguer entre dans cette grammaire, l'intensification/certitude ; sens immédiat : préservation de la vie ; lecture spirituelle : renoncer à tout saisir ouvre sur la bénédiction et la continuité de la vie.
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