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Shalom à tous,

Eqev, "le talon" nous rappelle qu'il y a une alliance et qu'au bout de celle-ci, il y a l'accomplissement de la promesse.
S'il a donné du pain a un peuple affamé, s'il a brisé le Rocher et aussi les tables de pierre pour désaltérer un peuple assoiffé, certainement il accomplira ce que sa bouche a déclaré.

Jacques Sobieski

La parasha Eqev, qui signifie « à la suite de », « parce que » ou « en conséquence de », couvre Deutéronome 7.12 à 11.25.
Moïse s’adresse à la nouvelle génération d’Israël qui se prépare à entrer dans la Terre promise. Il lui rappelle que l’obéissance à la Parole entraîne les bénédictions de l’alliance : fécondité, protection, santé et victoire sur les ennemis. Cependant, Israël ne devra jamais attribuer ces bienfaits à sa propre force ou à ses mérites. La conquête du pays dépend entièrement de la fidélité de Dieu.
Moïse invite le peuple à se souvenir des quarante années passées dans le désert. La faim, les épreuves et la manne avaient pour but d’éprouver son cœur et de lui apprendre que « l’homme ne vit pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche de l’Éternel ». Yeshoua reprendra cette parole lorsqu’il sera tenté dans le désert, révélant qu’il est lui-même le véritable pain venu du ciel.
La prospérité représente néanmoins une nouvelle épreuve : l’abondance peut conduire l’homme à oublier Celui qui en est la source. Israël doit donc se souvenir que c’est l’Éternel qui lui donne la force d’acquérir les richesses. Moïse rappelle aussi la faute du veau d’or et les nombreuses rébellions du peuple. Les secondes tables de pierre témoignent cependant du pardon de Dieu et du renouvellement de l’alliance.
Dieu demande à Israël de le craindre, de l’aimer, de le servir et de marcher dans toutes ses voies. Cette fidélité doit produire la justice et l’amour envers l’étranger, la veuve et l’orphelin. Le mot Eqev évoque également le talon, les pas et les conséquences laissées derrière chacun de nos choix. Cette parasha nous appelle ainsi à examiner notre marche, à garder la Parole dans notre cœur et à ne jamais oublier les bienfaits de Dieu. En Yeshoua, elle révèle que l’obéissance véritable naît d’un cœur renouvelé, nourri par la Parole et conduit par l’Esprit.
Jacques Sobieski
parasha@bethyeshoua.org

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« EQEV la circoncision du coeur »

En laissant de côté les thèmes déjà développés — le « talon », la manne, le vêtement qui ne s’use pas, la pédagogie du désert — Eqev contient plusieurs particularités assez étonnantes.

Trois séjours de quarante jours

Moïse évoque successivement :
  • quarante jours pour recevoir les premières tables ;
  • quarante jours d’intercession après le veau d’or ;
  • quarante jours liés aux secondes tables.
La tradition juive organise ainsi une période totale de 120 jours. Cette construction met en scène trois étapes : révélation, rupture, puis restauration de l’alliance. Deutéronome 9–10 et les 120 jours

Le lieu de la mort d’Aaron pose une difficulté

Deutéronome 10.6 déclare qu’Aaron mourut à Moséra, tandis que Nombres 20.27-28 et 33.38 situe sa mort sur le mont Hor.
Ce n’est donc pas une simple différence de traduction, mais une véritable tension géographique et chronologique. Les commentaires rabbiniques proposent notamment qu’après la mort d’Aaron, Israël soit retourné vers Moséra et y ait célébré un nouveau deuil. Une autre explication considère Moséra comme la région, et Hor comme la montagne précise. Les textes relatifs à la mort d’Aaron

Qui fabriqua l’arche ?

Dans Eqev, Moïse affirme :
« Je fis une arche de bois d’acacia. »
Deutéronome 10.3

Mais Exode 37.1 attribue la fabrication de l’arche à Betsalel. Plusieurs solutions ont été proposées :
  • Moïse aurait fabriqué un coffre provisoire pour les tables ;
  • il aurait « fait » l’arche en ordonnant sa réalisation ;
  • le Deutéronome résumerait l’événement en plaçant l’action collective sous l’autorité de Moïse.
C’est une différence narrative particulièrement intéressante pour un travail d’exégèse. Deutéronome 10.1-5 ; Exode 37.1

La Torah demande déjà une « circoncision du cœur »

Deutéronome 10.16 commande :
וּמַלְתֶּם אֵת עָרְלַת לְבַבְכֶם
« Vous circoncirez donc le prépuce de votre cœur. »

La transformation intérieure n’est donc pas une idée apparue seulement dans les Prophètes ou dans les écrits apostoliques. Elle est déjà formulée dans la Torah. Le signe corporel de l’alliance doit correspondre à une disposition intérieure : abandon de l’endurcissement et soumission volontaire à Dieu. Deutéronome 10.16

Le pays promis est moins « sécurisé » que l’Égypte

Deutéronome 11.10 oppose deux systèmes :
  • en Égypte, l’eau est conduite et distribuée par le travail humain — « arroser avec le pied » ;
  • en Canaan, l’agriculture dépend des pluies du ciel.
L’expression « avec ton pied » peut désigner l’ouverture de petits canaux d’irrigation ou un dispositif actionné avec les pieds. L’idée théologique est surprenante : le pays promis n’est pas nécessairement celui où tout est matériellement contrôlable. C’est un pays où la dépendance envers Dieu devient plus visible. Commentaire sur Deutéronome 11.10-11

Le pays est placé sous le « regard » permanent de Dieu

Deutéronome 11.12 dit que les yeux de YHWH sont continuellement sur le pays, « du commencement de l’année jusqu’à la fin de l’année ».
La terre est donc simultanément :
  • un don ;
  • un lieu de soin providentiel ;
  • un lieu de responsabilité et d’évaluation.
La possession du pays n’est jamais décrite comme totalement indépendante de la fidélité à l’alliance. Deutéronome 11.12

La mystérieuse « frelonne »

Deutéronome 7.20 annonce que Dieu enverra :
הַצִּרְעָה — ha-tsir‘ah

Le mot est généralement traduit par « le frelon » ou « les frelons ». Toutefois, les interprètes hésitent entre :
  • des insectes réels ;
  • une épidémie ;
  • une image de la panique semée parmi les ennemis ;
  • une action providentielle affaiblissant les peuples avant Israël.
Le texte ne permet pas de trancher définitivement. C’est un excellent exemple de mot biblique dont la traduction littérale n’épuise peut-être pas la portée. Deutéronome 7.20

Eqev contient le deuxième paragraphe du Shema

Deutéronome 11.13-21, וְהָיָה אִם־שָׁמֹעַ, « Et il arrivera, si vous écoutez… », constitue le deuxième grand paragraphe du Shema récité quotidiennement.
Le premier paragraphe, dans Deutéronome 6, insiste surtout sur l’amour personnel de Dieu. Le second développe la responsabilité collective : pluie, récoltes, fidélité, égarement et conséquences nationales. Eqev appartient donc à la liturgie quotidienne juive, et pas seulement au cycle annuel des parashot. Deutéronome 11.13-21

Trois fois : « Ce n’est pas à cause de ta justice »

Dans Deutéronome 9.4-6, Moïse répète trois fois qu’Israël ne reçoit pas le pays à cause de sa propre justice.
L’entrée dans le pays repose sur :
  • le jugement de l’iniquité des nations ;
  • la fidélité de Dieu à sa parole ;
  • la promesse faite à Abraham, Isaac et Jacob.
Cette triple répétition détruit toute théologie de l’autosatisfaction spirituelle. Dans une lecture messianique, elle peut être rapprochée de la grâce : le don repose d’abord sur la fidélité de Dieu, non sur le mérite humain.

Yeshoua combat la tentation avec Eqev et Vaet’hanan

Lors de la tentation dans le désert, Yeshoua répond à l’adversaire uniquement par des paroles du Deutéronome :
  • Deutéronome 8.3, dans Eqev : l’homme ne vivra pas de pain seulement ;
  • Deutéronome 6.16 : ne pas tenter Dieu ;
  • Deutéronome 6.13 : servir Dieu seul.
Les deux parashot successives, Vaet’hanan et Eqev, constituent ainsi l’armature scripturaire de ses réponses. Là où Israël a connu l’épreuve du désert, Yeshoua reprend les paroles données à Israël et demeure fidèle.

Le pays est aussi présenté comme une terre minière

Deutéronome 8.9 ne parle pas seulement de blé, de vigne, d’huile et de miel. Il ajoute :
« Ses pierres sont du fer, et de ses montagnes tu extrairas le cuivre. »

La bénédiction du pays comprend donc l’agriculture, mais également les ressources minérales, la technique et le travail humain. C’est un aspect souvent oublié de la description de la Terre promise. Deutéronome 8.9

Le petit coin des hébraïsants
Le pied « enflé » et la pâte qui gonfle

Le pied qui ne devint pas « pâte »
Deutéronome 8.4 déclare :
וְרַגְלְךָ לֹא בָצֵקָה
Veraglekha lo vatseqah
« Et ton pied ne s’est pas enflé. »
Le mot בָצֵקָה, vatseqah, « elle s’est enflée », vient de la racine ב־צ־ק, qui exprime l’idée de gonflement.
Or cette même suite de consonnes forme le mot :
בָּצֵק
batseq
« pâte », « pâte à pain »
Le rapprochement est particulièrement parlant : la pâte est précisément ce qui gonfle sous l’action du levain.
Dans le verset, בָצֵקָה est un verbe conjugué à la troisième personne du féminin singulier, parce que רֶגֶל, regel, « pied », est un nom féminin en hébreu.
Il ne s’agit donc pas exactement du même mot grammatical :
בָצֵקָה : « elle s’est enflée », forme verbale
בָּצֵק : « pâte », nom masculin
Mais les deux mots appartiennent à la même famille consonantique ב־צ־ק.
La particularité est d’autant plus remarquable que cette forme verbale est exceptionnelle dans le Tanakh : elle apparaît ici pour décrire le pied des Israélites qui, durant quarante ans, ne s’est pas enflé.

Par le rapprochement de ce gonflement de l’orgueil et du levain, Dieu a conduit Israël dans le désert pour l’humilier, l’éprouver et empêcher son cœur de « gonfler ».
Cette interprétation est homilétique : le sens premier du verset concerne bien la protection physique du peuple. Mais le jeu lexical permet d’établir un lien pédagogique avec l’avertissement de Deutéronome 8.14 :
« Prends garde que ton cœur ne s’élève et que tu n’oublies YHWH, ton Dieu. »

Le pied ne s’est pas enflé, mais le véritable danger était que le cœur, lui, s’enfle d’orgueil.

La parasha révèle aussi un second rapprochement à étudier davantage, entre לֶחֶם, lehem, « pain », et הַלְחָמָה, halḥamah, « soudure ».
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