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Shalom à tous,

La parasha Ki Tavo ouvre un moment très solennel de la Torah.
Israël arrive au seuil de la terre promise. Mais la première question n’est pas : que vas-tu prendre ?
La première question est : que vas-tu apporter à Dieu ? La parasha commence avec les prémices, les premiers fruits. Elle nous rappelle que toute bénédiction vient d’abord de l’Éternel. L’homme entre dans le pays, travaille, récolte, mais il ne peut rien revendiquer comme si tout venait de lui. Il doit se souvenir de son histoire, de ses pères, de l’esclavage, de la délivrance et de la fidélité divine. Ki Tavo nous enseigne donc la mémoire, la gratitude et l’humilité. Elle montre aussi que la bénédiction n’est jamais séparée de l’obéissance.
Dieu ne cherche pas seulement un peuple installé, mais un peuple consacré. Le pays promis n’est pas un simple territoire.
Il devient le lieu d’un témoignage, d’une alliance et d’un culte vivant.
Cette parasha nous appelle à offrir à Dieu les prémices de notre vie, de notre temps et de notre cœur.
Entrer dans la promesse, c’est apprendre à ne pas oublier Celui qui l’a donnée.


Jacques Sobieski

Jacques Sobieski
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La prospérité sur base de l'alliance

Dans Ki Tavo, l’Israélite prend les premiers fruits de sa terre et les apporte devant l’Éternel. Ce geste est bien plus qu’une offrande agricole. C’est une confession de foi. L’homme reconnaît publiquement que sa vie, son héritage et sa récolte viennent de Dieu. Il ne parle pas d’abord de lui-même, mais de l’histoire du salut. Il se souvient d’où vient Israël, de l’oppression en Égypte, des cris du peuple, puis de la main puissante de l’Éternel.
Autrement dit, le fruit de la terre ne peut être séparé de la mémoire de la délivrance. La prospérité biblique n’a de sens que reliée à l’alliance.
La parasha parle ensuite de la dîme, de la justice sociale et de la responsabilité envers le lévite, l’étranger, l’orphelin et la veuve.
La bénédiction ne doit donc jamais nourrir l’égoïsme.
Elle doit devenir partage, justice et fidélité.
Puis viennent les bénédictions et les malédictions, prononcées sur les monts Garizim et Ébal. Le ton devient grave, car Dieu rappelle que l’alliance engage tout le peuple.
L’obéissance ouvre un chemin de vie.
La désobéissance ouvre un chemin de ruine.
Mais le plus frappant est que Dieu ne regarde pas seulement les actes extérieurs. Il regarde aussi la disposition intérieure du cœur.
Servir Dieu sans joie, sans reconnaissance et sans amour conduit déjà à une sécheresse spirituelle. Ki Tavo nous avertit donc avec force : on peut vivre au milieu des dons de Dieu tout en perdant le sens de leur origine.
La vraie bénédiction n’est pas seulement d’avoir reçu, mais de demeurer attaché au Donateur.

Trésor, secret, curiosité

Un point très étonnant de cette parasha se trouve dans les malédictions : le texte dit que le malheur vient aussi “parce que tu n’as pas servi l’Éternel ton Dieu avec joie et de bon cœur, au milieu de l’abondance”.
C’est très fort.
Le problème n’est pas seulement la désobéissance visible.
Le problème est aussi un cœur qui s’habitue aux dons de Dieu, mais perd la reconnaissance.
Autrement dit, on peut avoir l’abondance et devenir spirituellement pauvre.
On peut recevoir beaucoup, tout en cessant d’aimer, d’adorer et de remercier.
La Torah touche ici quelque chose de très profond : la joie devant Dieu n’est pas un détail secondaire.
Elle fait partie de la fidélité.
Voilà un vrai mystère spirituel : l’abondance peut rapprocher de Dieu, mais elle peut aussi endormir le cœur si elle n’est pas accompagnée de mémoire, d’humilité et de gratitude.
Le petit coin des hébraïsants

« Mon père était un Araméen nomade »

Le texte hébreu révèle en effet une nuance que plusieurs traductions françaises effacent.
"Tu prendras encore la parole, et tu diras devant l’Éternel, ton Dieu: Mon père était un Araméen nomade; il descendit en Égypte avec peu de gens, et il y fixa son séjour; là, il devint une nation grande, puissante et nombreuse." (Deut 26.5)
וְעָנִ֨יתָ וְאָמַרְתָּ֜ לִפְנֵ֣י׀ יְהוָ֣ה אֱלֹהֶ֗יךָ אֲרַמִּי֙ אֹבֵ֣ד אָבִ֔י וַיֵּ֣רֶד מִצְרַ֔יְמָה וַיָּ֥גָר שָׁ֖ם בִּמְתֵ֣י מְעָ֑ט וַֽיְהִי־שָׁ֕ם לְג֥וֹי גָּד֖וֹל עָצ֥וּם וָרָֽב׃
The Lexham Hebrew Bible (Bellingham, WA: Lexham Press, 2012), Dt 26.5.

Le petit coin des hébraïsants

Une expression célèbre de Ki Tavo mérite une attention particulière : “Arami oved avi”. "Un araméen - errant - mon père"
Beaucoup traduisent : “Mon père (aviy) était un Araméen (arammiy) errant”.
Mais l’expression peut aussi être comprise autrement : “Un Araméen voulait faire périr mon père”. (la mot oved a une double signification vient du verbe précisément araméen "périr") le strong araméen 7 "abad" אֲבַד signifie détruire, périr, s’évanouir. Ce n’est évidemment pas un détail.
Dans le premier cas, on insiste sur la fragilité des origines d’Israël.
Dans le second, on insiste sur l’hostilité subie par les pères.
Dans les deux cas, la confession des prémices commence par la faiblesse, pas par la gloire. La langue araméenne a une place toute particulière dans la Torah et dans certains prophètes. Curieux tout de même qu'une célèbre parole prononcée sur la croix était en araméen.
Israël ne présente pas d’abord sa grandeur, mais sa vulnérabilité.
Puis seulement vient l’intervention de Dieu.
C’est une clé exégétique magnifique : avant les fruits, il y a l’histoire du salut.
Avant l’abondance, il y a eu l’errance, l’oppression et le secours divin.
Cette logique éclaire aussi la foi messianique : avant la gloire du Royaume, il y a l’abaissement, la délivrance et la fidélité de Dieu à sa promesse.
Le croyant n’apporte donc jamais ses prémices comme un propriétaire orgueilleux, mais comme un sauvé qui se souvient.
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